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Sida en banlieue : Courrier à M. Eric Favereau, spécialiste du sida des riches au quotidien Libération
15 mai 2006 (lemegalodon.net)
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Suite à la publication d’un article dans lequel Libération accorde — pour la énième fois, et pour rabacher ce qu’il a déjà dit — la parole à Didier Lestrade, un extrémiste qui milite pour la « pénalisation » de la transmission du VIH [1], j’ai adressé ce courrier à Eric Favereau, responsable de la rubrique Santé au quotidien Libération :
Cher Monsieur,
L’injure réside dans la relégation et le mépris que votre rubrique santé réserve depuis des années aux séropositifs de l’immigration et de la banlieue [2].
Pour le 1er décembre 2004, par exemple, vous avez donné la parole quasi-exclusivement à Christian Saout, président de AIDES, et Didier Lestrade, militant homosexuel aujourd’hui sans mandat associatif, sans dire un seul mot sur l’épidémie qui frappe l’immigration et la banlieue [3].
Lorsqu’on sait (en puisant dans d’autres sources d’information) qu’en Ile-de-France la moitié des nouveaux cas de séropositivité concernent des personnes issues de l’immigration pauvre, ce parti pris du silence est inexcusable.
Je suis complètement sidéré par le fait que depuis des années, votre traitement de la question de la prévention en France se réduit souvent aux élucubrations stériles de Saout et Lestrade.
Pourtant, au-delà de la périphérie du Marais, l’épidémie fait des ravages et des familles de toutes origines luttent pour survivre et pour faire entendre leurs préoccupations.
Nous savons que la criminalisation ciblera d’abord des séropositifs pauvres, issus de l’immigration, comme cela s’est passé dans tous les pays qui ont choisi d’enfermer des séropositifs au nom de la morale, de la santé publique ou de la vengeance [4].
Au sein des familles du Comité, ce sont d’abord des femmes contaminées par leurs maris ou ex-compagnons qui ont soulevé la question de la prévention au sein du couple [5], longtemps avant la médiatisation de Barbara Wagner par l’intermédiaire de Lestrade. Ce sont ces mêmes femmes qui militent aujourd’hui pour refuser la logique infernale de la criminalisation et qui répondent à la poignée d’extrémistes comme Lestrade ou Wagner qui prônent l’enfermement des séropos [6].
Au-delà des divergences dans les prises de position, il est triste de voir le débat se réduire — notamment dans vos articles et ceux de Blandine Grosjean [7] — à un échange stérile entre dirigeants d’assocations issus du mouvement homosexuel et Barbara Wagner, dont on voudrait faire croire qu’elle parlerait au nom de toutes les femmes séropositives [8].
Je vous interpelle pour vous inviter à venir rencontrer des séropositifs et ceux qui les aiment, ceux et celles qui croient encore à la solidarité et à l’amour, qui nous ont permis d’empêcher des contaminations et de faire face, depuis deux décennies, à la maladie, à l’injustice et au mépris manifeste de certains journalistes pour notre vécu et notre réflexion.
Veuillez recevoir mes salutations pour survivre au sida.
Notes
[1] Lire Transmission sexuelle du VIH : tous responsables.
[2] Par ailleurs, Favereau publie régulièrement des papiers sur l’accès aux traitements et l’injustice de la maladie chez les pauvres du continent africain. Pourquoi l’injustice bien française de l’épidémie en banlieue l’intéresse aussi peu reste d’autant plus incompréhensible.
[3] Lire les articles d’Eric Favereau, Sida : Christian Saout et Didier Lestrade, interlocuteurs privilégiés du journaliste Eric Favereau.
[4] Lire Willy Rozenbaum, président du Conseil national du Sida, reçoit le Comité des familles pour survivre au sida.
[5] Lire et écouter Amour, sexe et prises de risque au sein des couples concernés par le VIH.
[6] Lire et écouter Femmes Plus : une maman concernée par le VIH répond aux partisans de la criminalisation de la transmission du virus du sida.
[7] Lire La pédagogie et l’équilibre selon Envoyé Spécial : réactions au publi-reportage de Jérémie Drieu pour la criminalisation des séropositifs, Sida : les femmes corsent le débat et La « responsabilité partagée » en question : des associations de lutte contre le sida reviennent sur leur refus de toute condamnation. Dans son compte rendu de la réunion du CRIPS, Grosjean avait grossièrement déformé mon intervention depuis la salle. Par la suite, Grosjean m’avait déclaré qu’elle n’écrivait pas un article sur le sida sans s’en référer à Lestrade...
[8] Par l’intermédiaire de Lestrade, Barbara Wagner s’est retrouvée à la une du magazine Poz, mensuel américain par et pour les séropositifs. Interpellé par survivreausida.net, le fondateur de Poz Sean Strub a licencié le journaliste David Thorpe qui — sur la base de l’argumentaire mensonger de Lestrade — avait dressé un portrait élogieux de Wagner. Lire notre lettre ouverte à la revue Poz, Fighting Femmes Positives’ criminal agenda : Letter to David Thorpe, Editor at POZ Magazine.
Forum de discussion: 3 Messages de forum
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Sida en banlieue : Courrier à M. Eric Favereau, spécialiste du sida des riches au quotidien Libération
salut reda je ne connaissais pas ton emission et les efforts que tu sembles faire en faveur des malades et de leurs familles mais j ai rencontré eric favereau en 1987 dans un appartement "therapeutique"ou vivait ma mere en compagnie d autres malades a une epoque ou le sida etait un gros mot et je te trouve tres injuste envers ce journaliste et crois moi je ne suis pas issu de la bourgeoisie il y a des coleres saines parait il mais tu devrais te rencarder un peu plus bye
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Sida en banlieue : Courrier à M. Eric Favereau, spécialiste du sida des riches au quotidien Libération
Salut Joe,
Mon article traitait simplement de ses choix éditoriaux pour les articles qu’il fait aujourd’hui dans Libé, sans rien préjuger de ses qualités humaines.
C’est clair que ce courrier je l’ai écrit sous le coup de la colère, même si j’assume aujourd’hui mes propos.
Le courrier se termine avec une invitation à Favereau à venir rencontrer des couples et des familles dont il n’a jamais parlé, du moins dans l’époque récente, dans ses colonnes.
Je ne doute pas les qualités humaines d’Eric Favereau. Je sais qu’il est engagé depuis très longtemps auprès de AIDES et il a donc forcément été confronté à la réalité de l’épidémie et de la pauvreté. Mais cela rend d’autant plus inexcusable le fait qu’il réduise aussi souvent l’épidémie au barebeck chez les homos, d’une part, et au énième constat des conéquences de cette pauvreté en Afrique...
Quoi qu’il en soit, je suis sensible à ce que tu me dis et j’en tiendrais compte par rapport à lui.
Amicalement,
Reda
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Sida en banlieue : Courrier à M. Eric Favereau, spécialiste du sida des riches au quotidien Libération
